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  • : Les Rois du Jazz
  • : Ce blog à été créé afin de faire connaitre l'histoire du jazz, musique passionnante qui représente la base même de l'origine de la culture Africaine. Le Jazz tout comme le folklore est né dans la misère morale et physique de certains individus. Nous découvrirons au fil des articles comment sont nés les différents styles de cette musique en perpétuelle évolution.
  • : 14/02/2010
  • Les Rois du Jazz
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  • Dany Ochs
  • Les Rois du Jazz
  • Homme
  • Organisateur de concerts de jazz au Caveau du Singe Vert à Lutry pendant 10 ans, j'anime aujourd'hui l'émission "Les Rois du Jazz" sur Radio Suisse Inter.com. Vos commentaires sont les bienvenus. Bonne lecture!
Samedi 15 mai 2010 6 15 /05 /Mai /2010 09:02

Les incidences d'un fait divers

350px-S-W_60_3in.jpgL'usage voulait à la Nouvelle-Orléans que de Noël au jour de l'an chacun se promenât armé d'un pistolet ou même d'un fusil pour faire le plus de bruit possible. La police ne fermait pas les yeux ni les oreilles, et il était fréquent qu'il y ait des arrestations. La poudre n'en continuait pas moins de parler. Un des premiers batteurs de la ville, Black Benny, amateur comme tous les musiciens de son temps, profitait de ces jours de liesse pour améliorer ses revenus: il s'approchait par derrière les passants et enfonçait son revolver dans le dos de ces derniers et leur piquait le leur. Le soir, il rentrait chez lui avec un plein panier d'armes revendues au plus offrant.

 

Schine, Louis Armstrong and His Sebastian New Cotton Club Orchestra:


  

1918-ls2.jpgLe 1er janvier 1913, cinq garçons noirs déambulent dans Rempart Street, s'arrêtent pour chanter en coeur et faire comme c'est l'usage, la quête. Tout d'un coup sur le trottoir d'en face, un autre gamin pour les narguer tire six coups d'un vieux colt appelé à l'époque" moulin à poivre " en raison de sa ressemblance avec l'appareil que l'on connait. Les gamins affolés demande à celui qui avait l'air d'être leur chef, à peine douze ans environ, et lui disent : "Dipper, réponds-lui !"

et Dipper sort de sa poche un 9 millimètres et vide le barillet. L'ennemi s'enfuit sans demander son reste, les gamins félicitemt leur chef et celui-ci recharge et tire à nouveau dans toutes les directions sans blesser personne. A peine eût-il finit qu'un grand policier le ceinture d'un bras, lui serrant le cou et lui demandant: "C'est toi qui a tiré?"

"Oui Monsieur!" Et là il l'emmène au poste. "Comment t'appelles-tu?" demande le policier, "Louis Armstrong!", répond le petit.

 

Jazz Lips, Louis Armstrong His Hot Five:

 

Jeunesse de Louis Armstrong

Canal-Street2.jpgLes coups tirés par Louis allait changer son destin et celui du jazz. Son histoire, c'est toute l'histoire du jazz comme devait l'écrire le grand critique et producteur de jazz français, le Christophe Colomb de l'histoire de l'Amérique musicale: Hugues Panassié.

Arrière petit-fils d'esclaves, le petit Louis a grandi sur la terre du jazz, La Louisiane.

Il voit le jour dans Jane Alley Street, juste à côté de Canal Street, dans un quartier plutôt malfamé de La Nouvelle-Orléans, appelé "le champ de bataille". Voleurs, tueurs et prostituées se partagent la rue. Son père quitte sa mère peu à près sa naissance. Elle fait des ménages et probablement autre chose pour subsister. Louis est confié à sa grand-mère et se débrouille comme il peut en faisant des petits boulots.  ( Ci-contre, Canal Street)


 Canal Street blues, Louis Armstrong et le King Olivier's Créole Jazz Band:


 
k1019822.jpgTout jeune,  Louis, comme tous les gamins de son époque traîne dans les rues  à la recherche de quoi manger. C'était très dur, mais comme il s'intéresse beaucoup à la musique, sa grand-mère le fait entrer à la chorale de l'église, si bien qu'à l'âge de douze ans, il se retrouve chef d'un petit quatuor vocal. Mais dans la nuit du 31 Décembre, tout bascule: pour le punir d'avoir chassé dans les rues de la ville, on envoie Louis chez "Jones", c'est à dire dans une maison de redressement. Par chance Jones est un vétéran de la guerre de Cuba et n'est en rien un bourreau. Son refuge qu'il dirige sur Canal Boulevard n'est pas un bagne, en dépit de son titre officiel "maison de détention pour enfants de couleur". Certes, la discilpline y est stricte. Avant l'entrée en fonction de Jones, les pensionnaires manoeuvraient au sifflet et Jones remplaça le sifflet par le clairon, plus martial.

 

West End Blues, Louis Armstrong His Hot Five:

  

 

Son séjour en détention

mail.le colored waif's home band avec Louis Armstrong, maisLa musique était un phénomène de thérapie dans ce refuge, grâce en particulier à un surveillant nommé Mister Davis. Celui-ci, ayant remarqué les dons exceptionnels de Louis, lui confie le soin de sonner le réveil et les différents appels de la journée. Il lui fait essayer divers instruments, mais se ravise et lui attribue un cornet qu'il va finalement maîtriser et en être roi. Il devient le chef de l'orchestre du refuge, sera habillé select et son orchestre participera à des piques-niques. Sa première apparition dans Perdido, quartier qui est le sien, fait sensation: dames, messieurs, loueurs, clochards font la haie pour voir passer le jeune chef, à qui ses lèvres puissantes lui vaut alors le nom de Dippermouth "bouche en forme de louche". La quête est tellement fructueuse que Louis doit emprunter plusieurs casquettes pour la recueillir. Avec cet argent il peut équiper tout l'orchestre avec des vêtements neufs.
 
Dippermouth blues, King oliver et le Créole Jazz Band:
 
Perdido Street Blues, Johnny Dodds Orchestra & New Orleans Wanderers:
 
keppard-et-Armstrong.jpgSa bonne conduite lui vaut de se retrouver prisonnier sur parole et peut jouir d'une certaine liberté, à une condition formelle: dormir au refuge, ce qui n'était en soit pas pour lui une corvée puisque depuis son lit il entendait au loin la trompette de Freddie Keppard jouant pour quelque réunion de blancs richissimes. Il paraît, selon lui, que par la fenêtre ouverte, il recevait des bouffées de musique et aussi la délicieuse odeur de chévrefeuille. Louis gardera longtemps le souvenir de ces soirées à tel point que visitant le refuge en 1931, il laisse en plan les officiels et grimpe à son ancien dortoir, repère son ancien lit, l'ouvre et fermant les yeux, s'y glisse tout habillé. (Ci-contre Freddie Keppard et Louis Armstrong)
 
 Stock Yards Strut, Freddie Keppard's Jazz Cardinals:
 
   
Premiers petits boulots de Louis
famille-armstrong.jpgLe 6 juin 1914, Louis est rendu à sa mère à sa grande joie et peu de temps après sa libération, il obtient son premier engagement chez le dénommé Henri Ponce, un français qui occupe une situation importante dans le milieu spécial du quartier réservé à la prostitution. Chez Ponce, Louis joue des blues pour les pensionnaires et la clientèle, du soir au matin. Il rentre chez sa mère dans le quartier de Perdido pour y dormir et puis, de sept heures du matin à cinq heures du soir, il va vendre du charbon à la criée, avec une charrette attelée à une mule. C'est un début laborieux pour ce futur grand musicien.
  
Gut Bucket Blues, Louis Armstrong His Hot Five:
 
 
1903-scb.jpgCeci dure plus de six mois au bout desquels une rixe entre les hommes de Ponce et ceux
d'un rival italien appelé Segretta entraîne la fermeture du Honky Tonk (type de bar avec divertissement musical). Dégouté de ce métier, Ponce va ouvrir une chemiserie à l'est de la ville. Il ne reste donc plus qu'à Louis pour vivre que le charbon. Il restera longtemps sans retrouver un engagement régulier. Il joue bien de temps à autres à des enterrements et aux parades, mais doit, par force majeure, exercer, outre celui de charbonnier, mille seconds métiers comme, par exemple, vendeur de journaux, chasseur dans un cabaret, fripier, laitier, plongeur dans un restaurant de Canal Street, coltineur sur les bateaux bananiers. D'ailleurs il a gardé toute sa vie une sainte horreur des bananes après avoir aperçu un jour s'échapper un rat d'un régime. Il sera également récupérateur de fruits et légumes, de volailles, et de côtes de porc tout des produits défréchis, qu'il fait bouillir et qu'il revend à des marchands ambulants.
Cornet Schop Suey, Louis Armstrong and The All Stars:
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A l'époque il fallait être débrouillard, pour manger: il fallait se lever de bonne heure et arpenter les rues à la recherche soit d'un boulot, soit d'une magouille possible. C'était la misère et nous le verrons plus tard, une partie de la population s'est dirigée du côté de Chicago et de New-York pour trouver du travail. Si dure qu'eut été une journée de boulot, chaque soir Louis ayant fait sa toillette et emprunté un pantalon à son beau père, il hantait les cabarets avec une oreille attentive. Il y trainait jusqu'au matin en compagnie de ses copains, et s'attachaient les poignets pour ne pas se perdre dans la foule. Ils allaient ainsi chez Kid Brown, un des premiers parachutistes qui tenait un dancing au coin de Gravier Street et de Franklin. Là, jouait un clarinettiste joufflu, qui avait inventé en tâtonnant un doigté peu orthodoxe, mais dont le style chantant et les envolées enthousiasmaient Louis et ses amis. Ce musicien portait un nom français, Bechet, et ce nom devait briller un jour en lettres géantes sur la facade des music-halls.

Les Oignons, Sydney Bechet & Claude Luther:
  

 

La grande rencontre de Louis

La grande chance de Louis, c'est d'avoir connu King Oliver: il va l'écouter tous les soirs youngarmstrong.jpgau Pete Lala's Hall, un cabaret célèbre de La Nouvelle-Orléans. King Oliver remarque très vite ce garçon vif et râblé qui le dévore chaque soirs des yeux et des oreilles. Un matin, il lui propose un échange: Louis fera les courses pour Madame Oliver et King lui donnera des leçons de cornet. Little Louis apprend ce qu'on appelle alors le phrasé moderne de son instrument: un jeu concis, martelé, fortement appuyé sur le temps; une façon à la fois très chantante et très rythmique d'exposer ou de paraphaser un thème; une manière mélodieuse et sinueuse de broder sur ce thème, comme si le soliste conversait avec lui-même. Quand son élève est enfin prêt, Oliver lui procure du travail; parfois il l'envoie tenir le cornet à sa place dans les cabarets.
Sobbin' Blues, King Oliver et le Créole Jazz Band:
 
Rivalités pacifiques entre les musiciens
Louis ne va pas rester longtemps chez King Oliver. Bientôt il forme son propre orchestre avec le batteur Joe Lindsey, avec également un trombone et un clarinettiste timide, mais qu'il saura dégourdir, une contrebasse et une guitare. Kid Ory et King Oliver protègent les six gosses; il est convenu que si leurs bandes respectives
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se rencontrent à un coin de rue, chacun dans un camion différent sur lesquels ils jouent, il n'y au ra entre eux pas de tournoi, King Oliver voulant épargner à son disciple une défaite trop certaine. Aussi, lorsque le camion de Louis croise celui d'Oliver, Louis se lève aussitôt pour se faire reconnaitre; Oliver le salue en jouant quelques mesures, puis poursuit son chemin.

 

Buddy'Habit, King Oliver And His Jazz Band  (1923):


 
Un jour plus tard, leurs deux camions se croisent, c'est fantastique: Louis, fatigué, reste couché au fond de son camion; Kid Ory et Oliver, qui ne l'ont pas vu, commencent à jouer et mettent le petit orchestre hors de combat, aux applaudissements de la foule. Le soir, Oliver console le vaincu en lui offrant une bière. Il n'aime pourtant pas la dépense, mais il ferait n'importe quoi pour voir Little Louis heureux. Et lorsqu'en 1918, Madame Major, propriétaire du cabaret Lincoln Gardens propose à king un engagement à Chicago, c'est Louis qui prend sa place dans l'orchestre de Kid Ory.
 
Royal Garden Blues, Kid Ory Jazz Band:
 
 
camions-medellin-colombie-1309629917-1070395La nuit des ses débuts, les autres musiciens sont si émerveillés qu'ils cessent de souffler dans leurs instruments pour mieux l'écouter. A force de voir et d'entendre le King, Louis s'est assimilé non seulement son style de trompette, mais aussi ses habitudes vestimentaires: col ouvert et serviette éponge autour du cou. Dès sa première apparition, le public l'adopte, il est lancé. il n'en continue  pas moins, dans la journée, à faire ses livraisons de charbon. Les Etats-Unis sont entrés en guerre; le mot d'ordre est "Travaillez ou combattez!" En attendant l'appel qui, pour lui, n'arrivera jamais, Louis travaille. Ce n'est que le 11 novembre 1918, et pour cause, qu'il dira adieu au charbon.
 
Big Butter And Egg Man, Louis Armstrong and His Hot five:
 
nouvelle_orleans_06.jpgHélas à cette époque, c'est la fermeture du quartier de Storyville. La raison en est, semble t-il, la fréquence des bagares, au cours cours desquelles nombre de vaillants matelots restent sur le carreau. Toujours est il qu'en dépit des efforts du maire de la ville, le secrétaire à la marine du gouvernement fédéral, ordonne la fermeture de tous les établissements du quartier réservé. Les musiciens, par conséquent, en pâtissent: quelques Honky Tonk restent ouverts où on y danse toujours. Il faut des orchestres pour les funérailles, mais la clôture des maisons les plus luxueuses, où la clientèle est la plus généreuse, accentue le marasme économique et précipite l'exode vers le nord. Cet exode, Louis Armstrong le souhaite pour d'autres motifs, d'ordre personnel: il désire s'éloigner de sa première épouse, Daisy, avec il ne s'entend plus du tout. La preuve: il à échappé de peu à un coup de couteau qu'elle lui a asséné et qui aurait pu lui être fatal.
 
Gully Low blues, Louis Armstrong His Hot Seven:
Par Dany
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