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Les incidences d'un fait divers
L'usage voulait à la Nouvelle-Orléans que de Noël au jour de l'an chacun se promenât armé d'un
pistolet ou même d'un fusil pour faire le plus de bruit possible. La police ne fermait pas les yeux ni les oreilles, et il était fréquent qu'il y ait des arrestations. La poudre n'en continuait
pas moins de parler. Un des premiers batteurs de la ville, Black Benny, amateur comme tous les musiciens de son temps, profitait de ces jours de liesse pour améliorer ses revenus: il
s'approchait par derrière les passants et enfonçait son revolver dans le dos de ces derniers et leur piquait le leur. Le soir, il rentrait chez lui avec un plein panier d'armes revendues au plus
offrant.
Schine, Louis Armstrong and His Sebastian New Cotton Club Orchestra:
Le 1er janvier 1913, cinq garçons noirs déambulent dans Rempart Street, s'arrêtent pour chanter en coeur
et faire comme c'est l'usage, la quête. Tout d'un coup sur le trottoir d'en face, un autre gamin pour les narguer tire six coups d'un vieux colt appelé à l'époque" moulin à poivre " en raison de
sa ressemblance avec l'appareil que l'on connait. Les gamins affolés demande à celui qui avait l'air d'être leur chef, à peine douze ans environ, et lui disent : "Dipper, réponds-lui
!"
et Dipper sort de sa poche un 9 millimètres et vide le barillet. L'ennemi s'enfuit sans demander son reste, les gamins félicitemt leur chef et celui-ci recharge et tire à nouveau dans toutes les directions sans blesser personne. A peine eût-il finit qu'un grand policier le ceinture d'un bras, lui serrant le cou et lui demandant: "C'est toi qui a tiré?"
"Oui Monsieur!" Et là il l'emmène au poste. "Comment t'appelles-tu?" demande le policier, "Louis Armstrong!", répond le petit.
Jazz Lips, Louis Armstrong His Hot Five:
Jeunesse de Louis Armstrong
Les coups tirés par Louis allait changer son destin et celui du jazz.
Son histoire, c'est toute l'histoire du jazz comme devait l'écrire le grand critique et producteur de jazz
français, le Christophe Colomb de l'histoire de l'Amérique musicale: Hugues Panassié.
Arrière petit-fils d'esclaves, le petit Louis a grandi sur la terre du jazz, La Louisiane.
Il voit le jour dans Jane Alley Street, juste à côté de Canal Street, dans un quartier plutôt malfamé de La Nouvelle-Orléans, appelé "le champ de bataille". Voleurs, tueurs et prostituées se partagent la rue. Son père quitte sa mère peu à près sa naissance. Elle fait des ménages et probablement autre chose pour subsister. Louis est confié à sa grand-mère et se débrouille comme il peut en faisant des petits boulots. ( Ci-contre, Canal Street)
Canal Street blues, Louis Armstrong et le King Olivier's Créole Jazz Band:
Tout jeune, Louis, comme tous les gamins de son époque traîne dans les rues à la recherche de quoi
manger. C'était très dur, mais comme il s'intéresse beaucoup à la musique, sa grand-mère le fait entrer à la chorale de l'église, si bien qu'à l'âge de douze ans, il se retrouve chef d'un petit
quatuor vocal. Mais dans la nuit du 31 Décembre, tout bascule: pour le punir d'avoir chassé
dans les rues de la ville, on envoie Louis chez "Jones", c'est à dire dans une maison de redressement. Par chance Jones est un vétéran de la guerre de Cuba et n'est en rien un bourreau. Son
refuge qu'il dirige sur Canal Boulevard n'est pas un bagne, en dépit de son titre officiel "maison de détention pour enfants de couleur". Certes, la discilpline y est stricte. Avant l'entrée en
fonction de Jones, les pensionnaires manoeuvraient au sifflet et Jones remplaça le sifflet par le clairon, plus martial.
West End Blues, Louis Armstrong His Hot Five:
Son séjour en détention
La musique était un phénomène de thérapie dans ce refuge, grâce en particulier à un surveillant nommé
Mister Davis. Celui-ci, ayant remarqué les dons exceptionnels de Louis, lui confie le soin de sonner le réveil et les différents appels de la journée. Il lui fait essayer divers instruments, mais
se ravise et lui attribue un cornet qu'il va finalement maîtriser et en être roi. Il devient le chef de l'orchestre du refuge, sera habillé select et son orchestre participera à des
piques-niques. Sa première apparition dans Perdido, quartier qui est le sien, fait sensation: dames, messieurs, loueurs, clochards font la haie pour voir passer le jeune chef, à qui ses lèvres
puissantes lui vaut alors le nom de Dippermouth "bouche en forme de louche". La quête est tellement fructueuse que Louis doit emprunter plusieurs casquettes pour la recueillir. Avec cet argent il
peut équiper tout l'orchestre avec des vêtements neufs.
Sa bonne conduite lui vaut de se retrouver prisonnier sur
parole et peut jouir d'une certaine liberté, à une condition formelle: dormir au refuge, ce qui n'était en soit pas pour lui une corvée puisque depuis son lit il entendait au loin la trompette
de Freddie Keppard jouant pour quelque réunion de blancs richissimes. Il paraît, selon lui, que par la fenêtre ouverte, il recevait des bouffées de musique et aussi la délicieuse odeur de
chévrefeuille. Louis gardera longtemps le souvenir de ces soirées à tel point que visitant le refuge en 1931, il laisse en plan les officiels et grimpe à son ancien dortoir, repère son ancien
lit, l'ouvre et fermant les yeux, s'y glisse tout habillé. (Ci-contre Freddie Keppard et Louis Armstrong)
Le 6 juin 1914, Louis est rendu à sa mère à sa grande joie et peu de temps après sa
libération, il obtient son premier engagement chez le dénommé Henri Ponce, un français qui occupe une situation importante dans le milieu spécial du quartier réservé à la
prostitution. Chez Ponce, Louis joue des blues pour les pensionnaires et la clientèle, du soir au matin. Il rentre chez sa mère dans le quartier de Perdido pour y dormir et
puis, de sept heures du matin à cinq heures du soir, il va vendre du charbon à la criée, avec une charrette attelée à une mule. C'est un début laborieux pour ce futur grand musicien.
Ceci dure plus de six mois au bout desquels une rixe entre les hommes de Ponce et ceux
La grande rencontre de Louis
au Pete Lala's Hall, un cabaret célèbre de La Nouvelle-Orléans. King Oliver remarque très vite ce garçon vif et râblé qui le dévore chaque soirs des yeux et
des oreilles. Un matin, il lui propose un échange: Louis fera les courses pour Madame Oliver et King lui donnera des leçons de cornet. Little Louis apprend ce qu'on appelle alors le
phrasé moderne de son instrument: un jeu concis, martelé, fortement appuyé sur le temps; une façon à la fois très chantante et très rythmique d'exposer ou de paraphaser un thème; une
manière mélodieuse et sinueuse de broder sur ce thème, comme si le soliste conversait avec lui-même. Quand son élève est enfin prêt, Oliver lui procure du travail; parfois il l'envoie
tenir le cornet à sa place dans les cabarets.
Buddy'Habit, King Oliver And His Jazz Band (1923):
La nuit des ses débuts, les autres
musiciens sont si émerveillés qu'ils cessent de souffler dans leurs instruments pour mieux l'écouter. A force de voir et d'entendre le King, Louis s'est assimilé non seulement son style de
trompette, mais aussi ses habitudes vestimentaires: col ouvert et serviette éponge autour du cou. Dès sa première apparition, le public l'adopte, il est lancé. il n'en continue pas moins,
dans la journée, à faire ses livraisons de charbon. Les Etats-Unis sont entrés en guerre; le mot d'ordre est "Travaillez ou combattez!" En attendant l'appel qui, pour lui, n'arrivera jamais,
Louis travaille. Ce n'est que le 11 novembre 1918, et pour cause, qu'il dira adieu au charbon.
Hélas à cette époque, c'est la fermeture du quartier de Storyville. La raison en est, semble
t-il, la fréquence des bagares, au cours cours desquelles nombre de vaillants matelots restent sur le carreau. Toujours est il qu'en dépit des efforts du maire de la ville, le secrétaire
à la marine du gouvernement fédéral, ordonne la fermeture de tous les établissements du quartier réservé. Les musiciens, par conséquent, en pâtissent: quelques Honky Tonk restent ouverts où
on y danse toujours. Il faut des orchestres pour les funérailles, mais la clôture des maisons les plus luxueuses, où la clientèle est la plus généreuse, accentue le marasme économique et
précipite l'exode vers le nord. Cet exode, Louis Armstrong le souhaite pour d'autres motifs, d'ordre personnel: il désire s'éloigner de sa première épouse, Daisy, avec il ne s'entend plus du
tout. La preuve: il à échappé de peu à un coup de couteau qu'elle lui a asséné et qui aurait pu lui être fatal.